Un arbitre indépendant décidera, fin septembre, de la publication d’un nouvel album de Gaston Lagaffe, sous la plume d’un autre auteur que Franquin. Entre droit moral et droit patrimonial, l’affaire déclenche les passions.

Mercredi 15 mai, au tribunal de première instance de Bruxelles, en Belgique, se tenait une audience en référé qui a fait grand bruit. Le bon vieux Gaston Lagaffe, célèbre personnage de BD né sous le crayon du dessinateur belge Franquin, était au cœur des débats. Enfin surtout sa renaissance.

Au Festival d’Angoulême, le 17 mars dernier, les Editions Dupuis avaient annoncé leur projet de redonner vie à Gaston Lagaffe sous les traits d’un autre dessinateur, le canadien Delaf. Marc Delafontaine, de son vrai nom, avait accepté de relever le défi de ce 22e opus intitulé « Le retour de Lagaffe ». C’était sans compter la vive opposition d’Isabelle Franquin, fille du dessinateur et sa seule héritière.

Respecter l’intégrité de l’œuvre

D’après elle, son père s’est toujours opposé de son vivant à ce que Gaston lui survive sous le crayon d’un autre dessinateur. C’est au nom d’un « droit moral inaliénable » qu’elle a saisi la justice bruxelloise, en procédure accélérée (référé) afin d’éviter que les premières planches du nouvel album ne soient publiées dans Le Journal de Spirou.
En clair, cette nouvelle version de Gaston Lagaffe porteraient atteinte au respect de l’intégrité de l’œuvre originelle. Celui qui est réputé pour être le plus grand paresseux de la rédaction du Journal de Spirou serait reproduit dans un contexte différent de celui auquel il était destiné lorsque Franquin lui donnait vie.
De leurs côtés, les Editions Dupuis ont fait valoir, durant l’audience, la propriété des droits patrimoniaux de tous les personnages de Franquin. À ce titre, d’après le droit belge, ils sont tout à fait en droit de reproduire Gaston Lagaffe ainsi que de créer des produits dérivés, par exemple.

À retenir : En Belgique, il existe trois droits moraux, qui appartiennent uniquement à l’auteur ou à ses ayants droits : la divulgation, la paternité et l’intégrité de l’œuvre.  Dans cette affaire, Isabelle Franquin s’appuie le troisième, c’est-à-dire le droit de faire respecter l’œuvre tant dans la forme que dans l’esprit.

L’arbitre indépendant belge, choisi par les deux parties à l’issue de l’audience, trouvera-t-il des entorses « éthiques ou artistiques » dans l’adaptation réalisée par Delaf, à la demande de Dupuis ? Il aura un mois pour en décider après les plaidoiries à huis clos prévues fin août. Son jugement ne sera pas susceptible d’appel.

Gaston Lagaffe et tous ses lecteurs seront fixés fin septembre.

 

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