La série à succès « The Queen’s Gambit » de Netflix trouve une suite inattendue devant un tribunal de Los Angeles. Dans une décision rendue jeudi, une juge a accepté l’action en justice intentée par la joueuse d’échecs Nona Gaprindashvili pour diffamation.

Dans le dernier épisode de la série à succès « The Queen’s Gambit », une joueuse d’échec évoque sa carrière en affirmant qu’elle « n’a jamais affronté d’hommes » en compétition. Une allégation « manifestement fausse, ainsi que grossièrement sexiste et dénigrante » dont s’est plainte l’ancienne joueuse d’échecs Nona Gaprindashvili, qui a très largement inspirée ce personnage. Dans le monde réel, en 1968 c’est-à-dire l’année durant laquelle l’épisode se déroule, elle aurait affronté au moins 59 hommes.

Lors de l’audience, qui s’est déroulée en septembre dernier dans un tribunal de Los Angeles, pour sa défense Netflix a mis en avant l’oeuvre de fiction. « La référence de la série à la plaignante visait à la reconnaître, pas à la dénigrer », ont expliqué les avocats. Les créateurs de « The Queen’s Gambit » ont d’ailleurs fait appel à deux experts d’échecs pour rendre la série la plus réaliste possible et ne laisser passer aucun détail. Les avocats de Netflix ont rappelé que la série comportait la clause de non-responsabilité standard suivante : « les personnages et les évènements décrits dans ce programme sont fictifs ».

Invoquant la liberté d’expression, ils se sont aussi appuyés sur une décision d’appel rendue dans une affaire similaire avec l’actrice Olivia de Havilland. Dans cette affaire, Olivia de Havilland avait poursuivi FX Networks, s’opposant à son interprétation dans la série « Feud » de Ryan Murphy. La cour d’appel avait rejeté la plainte, estimant que les créateurs jouissaient d’une grande liberté artistique dans leurs représentations de personnes réelles.

La liberté d’expression et la liberté artistique exonèrent-elles de toute diffamation ?

 

Ces arguments n’ont pas convaincu la juge Virginia A. Phillips. Dans sa décision rendue le 27 janvier, la magistrate rappelle que les œuvres de fiction ne sont pas à l’abri de poursuites en diffamation si elles dénigrent de vraies personnes. « Le fait que la série soit une œuvre de fiction n’exonère pas Netflix de toute responsabilité si tous les éléments de diffamation sont par ailleurs présents ». Ensuite, la clause de non responsabilité mis en avant par la plateforme ne suffirait pas à dissiper l’idée auprès des spectateurs que la série mettait en scène des faits réels.

Par ailleurs, la magistrate pense que la série – qui tente de valoriser les joueuses d’échecs dans un monde exclusivement masculin – n’envoie pas le bon message avec cette fausse information. Selon elle, la réplique mise en cause valorise les exploits d’un personnage fictif, Beth Harmon, au détriment de ceux réellement réalisés par Nona Gaprindashvili dans les années 1960 et 1970. Elle déclare donc recevable la plainte de l’ancienne joueuse d’échecs géorgienne qui demande 5 millions de dollars de dommages et intérêts.

Le 8 février, Netflix a annoncé faire appel de la décision. Affaire à suivre.

La leçon à tirer : En France, le basculement de la vie réelle dans la fiction ne constitue pas non plus une excuse absolutoire. Et le fait de modifier les prénoms des personnages ne modifie rien à la situation si la personne reste identifiable.

 

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