La tentative d’offre publique d’achat hostile du milliardaire Elon Musk a poussé Twitter à utiliser une manœuvre basée sur le droit des sociétés : la pilule empoisonnée. Un moyen de se défendre, mais aussi de faire monter les enchères.

Twitter a eu chaud. Après avoir acquis 9% du capital du réseau social américain, l’homme d’affaires Elon Musk n’a plus caché son ambition de le racheter complétement. Le 14 avril dernier, il a proposé 4,8 milliards de dollars pour en prendre totalement la direction. 

Bloquer un actionnaire trop offensif

La réponse de l’Oiseau Bleu ne s’est pas faite attendre. Dès le lendemain de cette offre hostile – le réseau social n’étant pas officiellement à vendre – Twitter a dégainé ce qui est appelé dans le jardon juridico-financier une « pilule empoisonnée », aussi connue sous le nom de régime des actionnaires à durée limitée.

Ce mécanisme bloque une prise de participation inamicale en donnant la possibilité à certains actionnaires d’acheter des titres supplémentaires à prix réduit à partir du moment où un actionnaire dispose d’au moins 15% de la société sans l’accord du conseil d’administration. Son principal effet ? Diluer la participation d’un nouvel actionnaire, considéré comme hostile. « Le but est de réduire la possibilité qu’une entité, une personne ou un groupe ne prenne le contrôle de Twitter en accumulant des titres sur le marché sans payer à tous les actionnaires une prime appropriée ou sans donner suffisamment de temps au conseil d’administration pour prendre des décisions éclairées », explique l’entreprise américaine dans un communiqué.

Du côté de la France

La loi du 31 mars 2006, dite loi Breton, a institué un dispositif semblable en droit français : les « bons d’offre ». Une entreprise visée par une OPA hostile peut décider l’émission de bons attribués gratuitement à tous les actionnaires, permettant la souscription d’actions à des conditions préférentielles.

Faire monter les enchères

La stratégie de Twitter est similaire à celle menée par Netflix en 2012 afin d’empêcher l’investisseur Carl Icahn d’acquérir plus de 10 % de l’entreprise. Netflix avait alors inondé le marché boursier et fait grimper son prix, pour empêcher l’investisseur d’acquérir une quantité trop importante d’actions. Toutefois, son usage n’indique pas forcément que l’entreprise n’est pas disposée à être acquise.

Parfois le conseil d’administration peut décider d’y recourir afin d’obtenir une évaluation plus élevée ou des conditions d’acquisition plus favorables. En 2008 Yahoo ! avait ainsi prévenu Microsoft que ses statuts contenaient une clause de régime des actionnaires à durée limitée depuis 2001. De cette façon, l’ancien navigateur pensait faire monter les enchères de l’offre de reprise du géant du web. Peine perdue. Yahoo ! a finalement été racheté, en 2016, par Verizon pour 4,8 milliards de dollars, contre les 47 milliards proposés par Microsoft.

La petite histoire

Le nom de ce mécanisme juridique pensé par des avocats d’affaires américains dans les années 1989 fait référence aux pilules empoisonnées transportée par les espions pendant la Guerre froide et avalée afin d’éviter de parler en cas de capture par leurs ennemis.

 

 

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