C’est en pleine crise sanitaire et à l’aune d’un réchauffement climatique toujours plus inquiétant que le géant Facebook, devenu Meta, met en œuvre son programme de métavers. Ambition technologique s’il en est qui a des allants de projet de société, aux enjeux juridiques et éthiques considérables.

 

Cette chronique est proposée par Arnaud Touati, avocat spécialisé en droit des startups et des nouvelles technologies, cofondateur du cabinet Hashtag Avocats

Le métavers ne s’arrête pas à la simple innovation technologique. C’est un véritable monde virtuel dans lequel convergent toutes les technologies numériques développées ces dernières décennies : moteurs 3D nouvelle génération, intelligence artificielle, blockchain, reconnaissance faciale, réalité virtuelle, réalité augmentée, etc.
Son objectif selon Mark Zuckerberg, PDG de Meta ? Permettre de vivre le contenu proposé par le métavers comme un acteur et non simplement comme un spectateur et ainsi exercer virtuellement des activités aussi banales que peuvent l’être une activité professionnelle, la pratique d’un sport ou encore le fait d’assister à un concert. Pourquoi vivre dans une société où on ne peut plus respirer car la température devient incontrôlable et dans laquelle l’on doit mettre des masques pour se protéger, alors qu’il suffit de mettre son casquer virtuel et de vivre la vie que l’on souhaite de chez soi ?

Bon à savoir : Le « métavers », terme inventé par Neal Stephenson en 1992, fait référence à un monde virtuel en 3D, composé d’avatars, à l’image des jeux vidéo, représentant la personne réelle qui le contrôle, avec plus ou moins de fidélité.

Des faits et gestes constamment surveillés

Cette vision de l’évolution numérique peut en enchanter beaucoup. Cependant, la réalité peut s’avérer bien plus inquiétante, tant de nombreuses problématiques, autant juridiques qu’éthiques, inimaginables pourtant à l’heure actuelle, pourraient à terme se poser.

Si les questions éthiques et juridiques n’étaient pas traitées par la puissance publique, des entreprises privées pourraient édicter leurs propres règles, dans un monde tout sauf interopérable, où les pouvoirs publics seraient peu ou prou absents. Cela pourrait s’apparenter à un régime totalitaire, où la liberté d’expression serait limitée, voire complètement bafouée par des entreprises qui, en cas de comportement non conforme aux règles qu’ils auraient eux-mêmes édictées et naturellement selon leur propre intérêt, pourraient bannir les utilisateurs récalcitrants.

Au-delà des nombreuses questions d’application du droit pénal, du droit fiscal, du droit de la propriété intellectuelle ou encore du droit du travail que pose le métavers, la protection des données personnelles est probablement la zone de friction juridique et éthique la plus importante car cette surveillance généralisée que le métavers pourrait entrainer, supposerait un accès massif aux données personnelles.

Au cœur des débats depuis déjà plusieurs années dans le cadre de l’évolution d’outils numériques qui collectent toujours plus de données, a minima, personnelles, parfois très sensibles, le métavers est la conjonction de plusieurs technologies qui en fait un outil qui pourrait être d’autant plus dangereux. En effet, les données pourraient être collectées à travers les appareils permettant d’entrer dans le monde virtuel, comme le casque ou les lunettes de réalité virtuelle, auxquels s’ajouteraient aux traditionnels identifiants et aux potentielles données de santé, des mécanismes tels que du « eye-tracking » ou demain de la modélisation 3D de votre visage à des fins de reproduction sur le métavers.

L’indispensable contrôle étatique

En outre, si le métavers a vocation à transcrire fidèlement votre vie réelle dans le mode virtuel, cela signifie que les plateformes qui en seront à l’origine pourraient avoir accès à votre vie professionnelle comme privée à un niveau de granularité phénoménal.
Pèle mêle : localisation géographique, suivi en temps réel de vos déplacements, écoute et/ou lecture de vos conversations privées et/ou professionnelles (puisque vous êtes censée également travailler sur le métavers), accès à toutes vos transactions bancaires, ou encore paradis du marketing ciblé (sur le métavers, façon Times Square) avec anticipation de vos besoins comme jamais auparavant.

Le contrôle étatique, voire supra-étatique semble indispensable, en vue de réglementer le métavers et ainsi d’en limiter les nombreuses dérives potentielles car ne nous y trompons pas, certaines entreprises voient dans le métavers l’opportunité de créer de réels Meta-États en vue de s’affranchir de l’autorité des États qu’ils considèrent comme entravant leur évolution. Avec toutes les conséquences que cela pourrait entraîner.

« Be carefull, big brother is watching you…»

 

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